21 octobre 2011

Les carnets de Gaston Chapuis (63)

      - Qu’est-ce que tu as, Martine ?

     - Rien, répond-elle, furieuse.



     Dominique Strauss-Kahn était le meilleur candidat socialiste à l'élection présidentielle. Il est maintenant la personnalité la moins appréciée des Français ; en vérité, la plus méprisée. Le parti socialiste ne saurait néanmoins s'en passer. Une perle aussi rare ! Autant que l'on sache, le parti socialiste n'a qu'un agresseur sexuel, et il le garde.



     Petite annonce : « Couple socialiste huppé, bien sous tous rapports, cherche prostituées désespérément. »



     Elle était habituée à voir des voitures ralentir à sa hauteur, à entendre des sifflets sur ses pas, à se faire aborder par des inconnus qui lui demandaient l'heure ou un chemin, une cigarette ou du feu. Ce temps est révolu, ou plutôt il continue de s'estomper peu à peu. À son passage les voitures freinent moins, les sifflets se font plus rares et les importuns ont presque disparu. Elle va fêter ses cinquante ans. Bon anniversaire, Vénus !



     Deux soldats français prisonniers bavardent durant la Première Guerre mondiale :

      - Je suis un cavalier, je ne suis pas un chasseur à pied. Elle ne voulait pas qu'on se sépare. Elle a suivi mon régiment tant qu'elle a pu. Un matin, il a bien fallu se quitter. J'étais déjà à cheval. Elle est montée sur un muret pour m'embrasser.

      - Tu avais un pantalon garance, une tunique bleue, un plastron blanc et une lance ?

      - Oui.

      - Ce que tu devais être beau !



     La France peut-elle se payer le luxe de mener une politique d'immigration exclusivement humanitaire, de se placer à un point de vue strictement charitable, d' « accueillir toute la misère du monde », selon l'expression de Michel Rocard ? En aucune façon.

      D'ailleurs, les millions d'individus extra-européens prêts à émigrer en France sont-ils des « prochains » au sens où Jésus employait le mot « prochain », sens littéral que rappelle et précise Françoise Dolto dans L'Évangile au risque de la psychanalyse ? Nullement. Il y a au moins entre eux et la France, nous pensons d'abord aux Maghrébins qui n'y sont pas encore installés, la mer Méditerranée.



     Aucune voix d'électeur français d'origine maghrébine ne doit échapper à François Hollande. Il fait tout ce qu'il faut pour cela, même ce qu'il n'avait jamais fait jusqu'ici, lancer des roses dans la Seine un 17 octobre, jour anniversaire de la mort par noyade à Paris, en 1961, de plusieurs dizaines d'Algériens, militants ou sympathisants du FLN, frappés et jetés à l'eau par des membres des forces de l'ordre lors d'une manifestation interdite.

      Rappelons le contexte expliquant ces crimes, s'il ne les justifie pas : les attentats du FLN, les assassinats de policiers par le FLN, qui plus est la brutalité des instructions du préfet de police, Maurice Papon, condamné en 1998 pour crimes contre l'humanité durant la Seconde Guerre mondiale, et qui eût pu l'être pour la répression de la manifestation du 17 octobre 1961.

      C'est dire la démagogie de François Hollande et l'importance du vote des électeurs d'origine maghrébine à l'élection présidentielle française (cinq, sept, huit millions de voix ?). Une démagogie arabophile qui vaut bien la démagogie arabophobe de la fille de Jean-Marie Le Pen.

      François Hollande ira-t-il lancer des roses dans le Nil alors qu'en Égypte des chrétiens, en rien militants ou sympathisants d'un mouvement terroriste, sont régulièrement massacrés ? Non.

      Ira-t-il lancer des roses dans l'Omo alors qu'en Éthiopie des dizaines de milliers de chrétiens ont d'ores et déjà été exterminés ? Non plus.

      S'est-il mêlé dimanche dernier, à Paris, boulevard des Invalides, aux quelque cinq cents ou mille chrétiens arabes qui protestaient contre le sort – la mort – qui leur est réservé en Égypte, en Syrie et en Irak ? Nous ne l'y avons pas vu.

     Peut-être était-il en train d'acheter des roses.



     François Hollande propose le rêve ; Nicolas Sarkozy, la réalité.

      Que diable pouvait attendre François Hollande de José-Luis Zapatero, champion d'une gouvernance rêveuse, laquelle a conduit l'Espagne à son écrasement par la crise ? Qu'est-il allé faire à Madrid ? Se renseigner sur la meilleure façon de faire faillite ?



     François Hollande a tout l'air d'un oiseau pour le chat. Le cas échéant, quel chat le tiendra sous sa griffe ? Le robespierriste Arnaud Montebourg ? Le strauss-kahnien Pierre Moscovici ? La strauss-kahnienne Martine Aubry ?


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     La politique n'est pas le lieu du rêve, l'Histoire l'a toujours montré et elle a toujours montré que le rêve se paie au prix fort, celui, pour le moins, du complet désenchantement.


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     - Les miracles de l'intelligence, parlons-en ! Il n'y aurait rien derrière l'évolution ?

     - La nécessité et le hasard, la sélection des espèces, la lutte pour la vie.

     - Tu n'envisages pas qu'il puisse y avoir autre chose, je ne sais pas, une sorte de perspective ?

     - Pas à la lumière de la science.

     - Mais tu ne penses pas que la seule raison soit trop faible pour répondre à cette question ?

     - Cela dépend des problèmes posés et de la manière dont on les aborde.  Pour ma part, je m'efforce de vivre dans la réalité. Et la science est la plus sûre manière de l'approcher...

     - La mort franchit les digues de la réalité où elle veut, quand elle veut. La réalité, tu parles d’une assurance !



     « Vivement que je sois mort », songeait-il. Il était toujours pressé.



     Encore un mot de désespéré :

     « J'ai toujours eu envie de mourir. Je suis capable de tuer quelqu'un : moi. »

     Quel égoïsme !



     L'aveuglement du désespoir : à tout, ne voir qu'une solution parfaite, la mort.



     - Tu es croyant ? Alors, pour une fois, fais confiance à Dieu !



     Elle parlait avec une extrême bizarrerie. Ses propos étaient presque toujours des à-peu-près, elle prenait sans cesse une expression pour une autre, proche seulement par la sonorité de la bonne expression (« je ne le comptais ni d’Ève ni d’Adam », « il est vieux comme mes robes », « on m’a enduit d’erreur », etc). Les mots qu’elle utilisait, intelligibles un à un, après un moment où il rajustait leur sens général, lui permettaient le plus souvent, mais pas toujours, de la comprendre.

      Une fois, elle lui avait dit : « François Hollande sera tout nu comme le houblon. » C'est seulement le lendemain, au réveil, que, un instant incrédule, il avait traduit : « François Hollande sera connu comme le loup blanc. »

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